21/11/2018

Notes de frais: les Alémaniques se moquent au lieu de prendre exemple

Le SonntagsBlick m'a invité à donner un point de vue romand sur leur comparatif spécial "notes de frais" qui décèle un Röstigraben peu glorieux pour les Romands. Mais peut-être bien que nos cousins d'outre-Sarine devraient prendre un peu de distance. Ils constateront que sur bien des points ils pourraient prendre exemple sur les Romands.

Publié en version allemande le 18.11.2018 dans SonntagsBlick (copyright)


20181118_124919.jpgLa honte! Comme tous les Genevois, je suis outré par le montant stratosphérique des frais dépensés par les gouvernants de la Ville de Genève. Comment parvient-on à “claquer” 17000 francs en téléphonie mobile en une année comme l’a fait le sémillant Guillaume Barazzone en 2017? 17000 alors que le tarif “illimité” de Swisscom vaut 1200 francs par an. Et les 7600 francs de taxi de la Verte Esther Alder en 2015? Elle qui incite bien sûr le brave citoyen à circuler à vélo, si possible non électrique. Il y a aussi le champagne à l’aube dans un bar karaoké payé au frais de la princesse.

 

A Genève, c’est la colère et la consternation. Car c’est bien de notre argent qu’il s’agit. Dans le reste de la Suisse, allez, avouez le, on rigole bien. Genève offre une fois encore une de ces séquences émotions comme vous les aimez. La suprême Genferei, le ridicule qui tue, presque. Enfin une information en provenance de Suisse romande qui intéresse bien au-delà du Röstigraben. Je lis chez mes confrères alémaniques un certain enthousiasme à traiter la nouvelle. Commence alors le grand jeu des comparaisons intercantonales. On additionne, divise, multiplie frais forfaitaires, frais à la facture, salaires moyen, salaire médian, traitement spécial maire, nombre de conseillers administratifs, etc, etc. Le résultat est accablant bien sûr. Les dirigeants des villes romandes se royaument dans des draps de satin en comparaison des Alémaniques qui couchent sur le dur. Sacrés Welsches!

 

Ca tombe bien car cela confirme tous les clichés très en vogue sur les Romands. Surtout quand c’est encore confirmé par le journaliste star Peter Rothenbühler, un Alémanique qui parle volontiers en notre nom et qui affirme que tout cela est typique du “provincialisme” romand. Les jeux sont faits. La démonstration de notre collègue est sans appel:  les sachets pour crottes de chiens et les restaurants bio ont été inventés en Suisse alémanique et n’arrivent que maintenant en Suisse romande. La transparence et l’éthique, c’est forcément pareil. J’invite notre expert à venir découvrir Genève à l’occasion.

 

Mais soyons sérieux. Et veillons à ne pas céder aux clichés faciles ! Le Genevois, et moins encore le Romand,  n’est aussi léger, insouciant, nonchalant ou attardé qu’on aimerait le faire croire. On le dit nourri au biberon de l’Etat qu’il têterait vigoureusement et sans vergogne. Comment expliquer alors que Genève est, derrière Zoug et Zurich, le plus important contributeur au ménage de la Confédération? Oui, chers cousins alémaniques, alors que le grand canton de Berne, pour ne citer que lui, pompe 1,1 milliard dans la caisse commune, Genève y verse  300.000 francs chaque année. Nous sommes dépensiers peut-être mais riches et généreux avec nos voisins d’outre-Sarine. Et là ce ne sont pas des chiffres assemblée de bric et de broc qui l’affirment mais la Confédération, notre mère à tous.

 

Un autre exemple de rigueur et de productivité romande qui permet de rectifier les indices aléatoires des notes de frais. Savez-vous quelle est la région économiquement la plus dynamique? Eh oui, c’est encore nous. En 2016, derniers chiffres livrés par l’Office fédéral des statistiques, la région lémanique a connu une croissance du PIB de 3,9% contre un poussif 0,9 % dans l’espace Mittelland et un score négatif de - 0,2% dans la région zurichoise. Des chiffres spectaculaires mais moins pétillants il est vrai que ceux des notes de frais.

 

Enfin, je n’aimerais pas jeter le doute sur vos pratiques certainement  irréprochables puisque frappées du “Stempel qualité” alémanique. Mais je constate que si le contrôle interne s’est montré totalement déficient en Ville de Genève, notre cour des comptes, elle, a fait son travail en mettant à jour ces graves dérapages. Très utile cet organisme indépendant qui possède de larges pouvoirs d’investigation et veille au bon fonctionnement des institutions. Or, seuls deux cantons possèdent une cour des comptes en Suisse: Vaud et Genève. Est-ce que nous sommes en avance ou à la remorque? Je ne sais plus. Peut-être que c’est encore une de ces spécialités romandes typiquement “provinciales”.  

Pierre Ruetschi

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Commentaires

Merci pour cette remise à l'heure des pendules.

Écrit par : Pierre Jenni | 22/11/2018

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