23/11/2018

A Moutier, les Jurassiens rejouent le grand soir

Rebelles, les Jurassiens? On assiste à un retour de flamme au grand bonheur des Genevois qui se sentent des convergences. Alors où va le Jura? Le combat est-il éternel? Les rêves de grand Jura font-ils encore en fureur? Un petit tour tout là-haut s'imposait alors qu'à Moutier on choisit le maire ce week-end. Une élection qui a pris des airs de plébiscite sur le rattachement de la ville bernoise (et francophone) au canton du Jura. 


C’est le plus jeune, le moins peuplé, le plus pauvre mais Jura, Delémontsurtout le plus turbulent des cantons romands. Les Jurassiens sont rebelles ou du moins le sont redevenus pour un temps. Alors, forcément, les Genevois les aiment bien. L’esprit de résistance, la fierté du lieu, d’un peuple, d’un emblème. On se sent des convergences. De Delémont à Porrentruy en passant par Saint-Imier, le Genevois est d’ailleurs le bienvenu. Comme pour les Valaisans, Genève est la capitale hors canton des Jurassiens. Alors on s’attable volontiers ensemble pour se raconter son histoire et prendre la mesure des différences.

Avouons qu’à l’instar de tout Confédéré normalement constitué, le Genevois lambda peine à comprendre le combat pour Moutier, cela alors qu’un nouvel épisode pour le sort de la cité prévôtoise va se jouer ce week-end. L’élection, dimanche, du maire de la bourgade de 7500 habitants s’est transformée en plébiscite sur la question du rattachement de Moutier au canton du Jura. Face à face, le maire sortant, l’autonomiste Marcel Winistoerfer, et Patrick Tobler, le candidat UDC qui rassemble les antiséparatistes de tous bords. Même la militante d’extrême gauche s’est ralliée à son panache agrarien pour la nécessité de la cause. Savoir si Moutier doit rester bernoise ou passer dans le giron du canton du Jura écrase tout autre argument partisan.

Depuis que la préfète du Jura bernois a annulé le scrutin du 18 juin 2017, qui avait entériné le rattachement de Moutier au canton de Jura, le feu s’est rallumé. L’effet mobilisateur fut immédiat et détonnant. Les anciens du combat jurassien ont repris du service avec bonheur, les jeunes montent au front nourris de la sève révolutionnaire de leurs parents et d’un profond sentiment d’injustice. Tous sont grisés par l’impression de rejouer le grand soir alors que la question jurassienne semblait être reléguée à Wikipédia. Quel sera donc l’impact des élections municipales de dimanche, qui se tiennent dans une atmosphère électrique?Si le maire autonomiste sortant gagne avec 55% des voix (score du vote de 2017) ou plus, ce sera interprété comme la preuve que le vote de 2017 ne fut pas entaché d’irrégularités et que la préfète, inféodée au pouvoir bernois, a annulé le scrutin pour des raisons purement politiques. Si, au contraire, le candidat UDC devait l’emporter, cela constituerait une baffe magistrale pour les partisans d’un Jura augmenté. On pourrait en conclure que quelle soit la variante, la question jurassienne est vouée à disparaître à brève échéance. Dans l’option d’une victoire de l’autonomiste, l’erreur de jugement de la préfète sera rapidement réparée et Moutier passera au Jura. Basta. Dans l’autre cas, les rebelles de Moutier devront définitivement renoncer à leur revendication et rentrer dans le moule bernois. Voilà.

Dès que l’on s’éloigne de Moutier et des milieux les plus militants, la priorité, c’est qu’on en finisse. Qu’importe la voie choisie. À Porrentruy (JU), à 30 kilomètres de Moutier, bien des habitants confessent qu’ils sont prêts à abandonner la cité prévôtoise aux Bernois s’il le faut. À l’inverse, une bonne partie des Bernois se moque ouvertement du sort de Moutier qui ne pèse rien en regard du million d’habitants du canton de Berne.

Ils seront déçus, ainsi que tous les Suisses lassés par le feuilleton sans fin de la «Jura Disconnection». Car le cas de Moutier, complexe sur le plan du droit et du processus politique, est fait pour traîner. Pour les irréductibles militants du Mouvement autonomiste jurassien (MAJ), le cas de Moutier constitue une affaire d’État. Et au-delà, ils sont bien déterminés à poursuivre leur lutte coûte que coûte.

Pierre-André Comte, secrétaire général du MAJ, disciple de Roland Béguelin, l’un des pères fondateurs du canton, est campé devant la carte géante qui recouvre le mur de son bureau: «Le combat ne s’arrêtera jamais. Il y a encore du boulot, explique-t-il en pointant les trois districts du Sud. Ils doivent rejoindre le canton. Et voyez, là, on touche le lac (de Bienne). Il est à nous, ce lac.» Comte est un romantique. Ses espoirs sont aussi fous que vains. Il le sait bien. Son combat est celui d’une vie, mais ce n’est plus le combat du Jura de demain. En vérité, le canton s’est normalisé. Plus guère rebelle. N’en déplaise aux Genevois. 

17:34 Publié dans Air du temps, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Oui, c'est intéressant de vérifier que lors de nombreux scrutins, Genevois et Jurassiens, ainsi que Bâlois dans une moindre mesure, défendent les mêmes sensibilités envers et contre le reste des cantons.
Et même si le combat historique semble un peu dépassé, je suis de coeur avec le mouvement autonomiste qui vise à ancrer le respect des différences de sensibilités, la proximité et l'autonomie, même si ça ressemble à des guerres de clochers.

Écrit par : Pierre Jenni | 23/11/2018

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